Sur la photo qu’elle a apportée, Amandine* a 15 ans et l’apparence d’une enfant. Quatorze ans plus tard, dans le cabinet de son avocate, Me Virginie Bardet, à La Ferté-Bernard (Sarthe), elle formule une condition : elle nous autorise à publier ce cliché mais refuse que l’on photographie son visage d’aujourd’hui. Comme si l’adolescente qu’elle a été n’avait plus rien à voir avec la femme qu’elle est devenue. Mettre à distance les souvenirs douloureux, effacer l’ emprise qu’elle a vécue.
En classe de troisième, Amandine est une élève consciencieuse, introvertie. Son décor : un village de la Loire-Atlantique, une famille d’un milieu modeste. Elle est la dernière d’une fratrie de trois. « Mes parents me portaient peu d’attention, il y avait comme un conflit froid entre nous », résume-t-elle sans acrimonie. Son professeur principal est un homme affable, prompt à discuter avec ses élèves après les cours ou sur Facebook. Elle lui écrit après un voyage scolaire. Commence alors une relation épistolaire qui va crescendo. « Fin juin, on s’écrit tous les soirs. Je me sens flattée qu’un adulte s’intéresse enfin à moi. Je suis devenue accro à ces échanges. »
Durant l’été, le professeur d’histoire-géo propose aux parents d’Amandine, qui ne se méfient pas, de lui donner des cours de tennis, de l’emmener faire du vélo. Leurs messages se ponctuent désormais de « bisous partout », de « bisous tout doux ». Il lui demande de montrer ses marques de bronzage devant la webcam, lui envoie un lien vers le film anglais « Une éducation », de Lone Scherfig, une histoire d’amour entre un adulte et une mineure de 16 ans. « Il me conditionne, pose les jalons pour rendre notre relation acceptable », analyse aujourd’hui Amandine.
À son entrée en seconde dans un autre établissement, l’adolescente a 15 ans et demi. Olivier W. vient chercher régulièrement son ancienne élève, l’aide à faire ses devoirs, dans sa voiture. Jusqu’au jour où tout dérape : « Il est venu chez moi en l’absence de mes parents. Il m’a attrapée par la taille, m’a embrassée et caressé l’entrejambe. C’était un adulte de 38 ans, marié, père de deux enfants. Moi, je n’avais jamais eu d’amoureux. J’étais incapable de réagir. »
Amandine, sous emprise, dit-elle, accepte pourtant de le revoir. « Désormais, dans sa voiture, on ne fait plus mes devoirs. Il m’emmène dans des endroits isolés, me déshabille. Comme je n’arrive pas à avoir de relations sexuelles au début, je lui fais des fellations le matin avant les cours. » À chaque fois, le professeur la félicite pour ses progrès en matière de sexualité : « C’est de mieux en mieux », lui dit-il.
En janvier 2011, il lui prend un rendez-vous au planning familial. On lui prescrit la pilule. « Moi, à l’époque, je pense que c’est ça, l’amour, mais je n’en parle à personne, même si mes copines ne sont pas dupes. » L’une d’elles, inquiète, alerte la mère d’Amandine. Cette dernière fait un
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